Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a qualifié de « date historique » la journée du 22 avril 2026, marquée par la signature d’un accord de retrait conjoint de Kosmos Energy et de PETROSEN du bloc gazier Yakaar-Teranga, situé au large de Cayar. Une décision qu’il présente comme une « victoire majeure » pour le Sénégal, dans une dynamique de reprise en main des ressources naturelles.
Selon le chef du gouvernement, ce retrait, obtenu « sans aucune contrepartie financière », ouvre la voie à une réattribution exclusive de la licence à PETROSEN, qui deviendrait ainsi l’unique opérateur du projet. Une évolution qui s’inscrit, d’après lui, dans un engagement politique de longue date visant à renégocier, voire récupérer, les actifs jugés défavorables au Sénégal sous le régime de l’ancien président Macky Sall.
Une lecture politique assumée
Dans sa déclaration, Ousmane Sonko met en avant la dimension souverainiste de cette décision, évoquant « l’aboutissement d’un combat de dix années ». Il souligne également le rôle déterminant du ministre de l’Énergie, Birame Souleye Diop, et du directeur général de PETROSEN, Alioune Guèye, dans la conduite de ce dossier.
Le bloc Yakaar-Teranga est considéré comme l’un des plus prometteurs du bassin sédimentaire sénégalais, ce qui renforce la portée symbolique et stratégique de son éventuelle reprise totale par l’État.
Des raisons économiques avancées par Kosmos
De son côté, Kosmos Energy livre une lecture sensiblement différente. Dans son rapport 2025, la compagnie texane indique travailler à son retrait du projet, évoquant notamment « l’absence de partenaire adéquat » et l’impossibilité de s’accorder avec les autorités sénégalaises sur « un concept de développement commercialement attractif ».
Ces difficultés ne sont pas nouvelles. Dès 2023, BP, alors principal acteur du projet avec 60 % de participation, avait décidé de se retirer totalement du bloc, en raison de divergences sur l’orientation du développement. Cette décision avait contraint les parties à envisager une nouvelle structuration du capital, avec l’entrée d’un partenaire tiers aux côtés de PETROSEN et Kosmos.
Un projet à réinventer
La reconfiguration envisagée à l’époque devait permettre à PETROSEN de devenir l’actionnaire majoritaire, avec 34 % des parts, contre 33 % pour Kosmos et 33 % pour un nouvel investisseur. Mais l’absence de ce partenaire stratégique semble avoir compromis la viabilité du montage.
Aujourd’hui, la perspective d’une exploitation exclusive par PETROSEN pose de nouveaux défis. La société nationale devra démontrer sa capacité technique et financière à piloter seule un projet d’une telle envergure, ou, à défaut, attirer de nouveaux partenaires dans un contexte jugé jusqu’ici peu attractif par les majors.
Entre souveraineté et rentabilité
Au-delà des divergences de discours, les deux positions ne sont pas nécessairement incompatibles. Le durcissement des conditions contractuelles ou la volonté de renforcer le contrôle national peuvent conduire certains investisseurs à se retirer, pour des raisons de rentabilité.
Dans ce contexte, le Sénégal peut revendiquer une avancée en matière de souveraineté sur ses ressources, tandis que les entreprises internationales invoquent des contraintes économiques pour justifier leur désengagement.
Une étape décisive, mais pas finale
Si le retrait de Kosmos marque un tournant dans le dossier Yakaar-Teranga, il ouvre surtout une nouvelle phase, décisive pour l’avenir du projet. La capacité des autorités sénégalaises à transformer cette « victoire » politique en succès industriel et économique sera déterminante.
En toile de fond, c’est toute la stratégie énergétique du Sénégal qui se joue : trouver l’équilibre entre maîtrise nationale des ressources et attractivité pour les investisseurs internationaux.





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