Depuis mars 2024, les relations entre la presse privée sénégalaise et les nouvelles autorités ne cessent de se détériorer. Dans un entretien accordé au quotidien L’AS, Mamadou Ibra Kane dresse un constat préoccupant et esquisse des pistes de sortie de crise.
Selon lui, le point de rupture remonte au 9 juin 2024, lorsque le Premier ministre Ousmane Sonko a accusé publiquement les médias privés d’irrégularités fiscales et de pratiques de chantage. Une déclaration qui, d’après le président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal, a marqué un tournant en installant un climat de défiance durable entre l ხელისუფ et les entreprises de presse.
Depuis, la situation n’a cessé de se tendre. Le secteur dénonce une série de mesures jugées hostiles : gel de comptes bancaires, résiliation de contrats publicitaires, non-paiement des subventions au titre de 2024, mais aussi une gestion contestée du Fonds d’appui et de développement de la presse. Sur une enveloppe globale de 1,9 milliard de francs CFA, plus de 41 % auraient été attribués à des structures déjà financées par l’État, au détriment des médias privés dont plusieurs dossiers ont été rejetés.
Face à cette pression, le CDEPS a opté pour la voie judiciaire, enregistrant trois décisions favorables. Parmi elles, une décision du Conseil constitutionnel du Sénégal qui a censuré certains pouvoirs jugés excessifs du Conseil national de régulation de l’audiovisuel. Ces succès ont été rendus possibles, selon Mamadou Ibra Kane, grâce à l’appui de Me Cheikh Ahmadou Ndiaye, de parlementaires ayant soutenu les recours et de l’organisation panafricaine Paradigme Initiative, dont l’expertise juridique et numérique a été déterminante.
Pour autant, le président du CDEPS refuse de crier victoire. « L’État de droit sans justice économique, c’est une victoire à la Pyrrhus », prévient-il, soulignant que de nombreuses entreprises de presse restent en difficulté, incapables de payer les salaires de leurs employés.
À ses yeux, la crise dépasse le cadre conjoncturel. Elle traduirait une volonté politique de fragiliser davantage un secteur déjà vulnérable, dans le but de le contrôler ou de le marginaliser.
Dès lors, Mamadou Ibra Kane estime que l’urgence n’est plus au dialogue formel, mais à des actions concrètes. Il appelle notamment à un effacement des dettes fiscales, au paiement des créances dues aux médias, à la restauration des contrats publicitaires et à une réforme en profondeur du FADP. Autant de mesures qui, selon lui, ne dépendent que d’une décision politique claire pour être mises en œuvre.





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