Depuis près de deux ans, le contrat de 91 milliards FCFA destiné à l’électrification rurale au Sénégal suscite une vive polémique. Entre accusations croisées, batailles judiciaires et interventions politiques, cette affaire devenue publique sous le nom de « dossier Aser-Aee Power » continue d’alimenter les débats.
Dans une enquête approfondie publiée par Ouestaf News, les contours de cette affaire complexe sont exposés à travers les rôles joués par les différents acteurs impliqués.
Un projet d’électrification rurale devenu source de contentieux
À l’origine, le projet devait permettre l’électrification d’environ 1 500 villages sénégalais, dans le cadre du Programme d’urgence d’électrification rurale (PUELEC) lancé en 2022. Présenté comme une initiative majeure pour améliorer l’accès à l’électricité dans les zones reculées, le projet s’est rapidement transformé en un imbroglio administratif et judiciaire.
Deux ans après la signature du contrat, le programme reste bloqué, tandis que les populations concernées attendent toujours la mise en œuvre des travaux.
L’Aser au centre du dispositif
L’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser), organisme public chargé de l’électrification rurale, est au cœur du dossier. Selon les informations révélées par Ouestaf News, l’agence a été approchée par l’homme d’affaires Saidou Kane, porteur initial du projet.
Cependant, le contrat signé le 23 février 2024 ne l’a pas été avec sa société sénégalaise, mais avec la société espagnole Aee Power EPC, tandis que Aee Power Sénégal n’apparaissait que comme mandataire local.
Après l’alternance politique de 2024, l’arrivée d’un nouveau directeur général à l’Aser a entraîné une renégociation du contrat, ouvrant la voie à des contestations entre les partenaires.
Aee Power Sénégal dénonce son éviction
Créée en février 2024 par Saidou Kane, Aee Power Sénégal affirme avoir initié le projet avant d’être progressivement mise à l’écart du contrat révisé.
La société réclame aujourd’hui 60 % du volume global de la contrepartie financière, estimant avoir été exclue au profit de Aee Power EPC, malgré son rôle dans la phase de conception.
Cette contestation a donné lieu à plusieurs recours devant l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop), puis devant la Cour suprême.
Aee Power EPC, partenaire espagnol sous pression
La société espagnole Aee Power EPC, spécialisée dans les infrastructures électriques, est l’entreprise officiellement contractante auprès de l’Aser.
D’après l’enquête de Ouestaf News, cette entreprise a déjà été impliquée dans plusieurs litiges en Afrique, notamment au Kenya et en Côte d’Ivoire, dans des projets similaires.
Au Sénégal, son différend avec son partenaire local a aggravé les tensions autour du projet, notamment sur la gestion des avances financières et sur l’exécution des obligations contractuelles.
La Banque Santander suspend le financement
Le financement du projet devait être assuré par la Banco Santander, via un mécanisme de crédit acheteur, pour un montant global dépassant 91 milliards FCFA.
Mais selon les documents cités par Ouestaf News, la banque a suspendu les décaissements en septembre 2024, évoquant des incertitudes sur la validité de la garantie souveraine et sur l’utilisation de l’avance de démarrage de 37 milliards FCFA.
Cette suspension constitue un coup dur pour l’exécution du programme.
La Sonac et l’Arcop également impliquées
La Société nationale d’assurances du crédit et du cautionnement (Sonac) intervient comme garante des avances et de la bonne exécution du contrat. Son rôle est aujourd’hui scruté, notamment sur les garanties accordées à l’entreprise espagnole.
De son côté, l’Autorité de régulation de la commande publique a rendu plusieurs décisions visant à suspendre ou encadrer l’exécution du marché, sans toutefois parvenir à résoudre définitivement le différend.
Un dossier désormais à la fois technique, politique et judiciaire
Au fil des mois, ce contrat d’électrification rurale a dépassé le cadre purement technique pour devenir une affaire à forte dimension politique et judiciaire.
Des personnalités comme Ousmane Sonko ou Thierno Alassane Sall se sont exprimées sur le sujet, tandis que les juridictions administratives et judiciaires sont saisies.
Selon Ouestaf News, les divergences entre les acteurs portent autant sur la légalité des procédures que sur la répartition des responsabilités dans l’échec provisoire du projet.
En attendant les prochaines révélations annoncées par le média, le projet reste à l’arrêt, au détriment des milliers de ménages ruraux qui espéraient enfin avoir accès à l’électricité.
Source : enquête de Ouestaf News





Add comment