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Sénégal : les swaps financiers, une solution risquée sous haute surveillance

Par la rédaction

Une récente contribution du statisticien-économiste Dr Balla Khouma relance le débat sur la stratégie d’endettement du Sénégal, dans un contexte de tensions accrues sur les finances publiques. Intitulée « Attention aux swaps, une solution à double tranchant », son analyse met en lumière les risques associés à l’utilisation d’instruments financiers complexes pour répondre aux besoins urgents de liquidités.

Des financements rapides, mais coûteux

Selon les révélations du journal britannique Financial Times, le Sénégal aurait mobilisé environ 650 millions d’euros en 2024 à travers des swaps de rendement total, un produit dérivé permettant d’obtenir des liquidités immédiates en échange d’un engagement lié à la performance future de la dette souveraine.

Pour Dr Balla Khouma, ces mécanismes peuvent, à première vue, apparaître comme une solution ingénieuse pour faire face à des tensions de trésorerie. Toutefois, ils comportent des risques importants. « Ce type de montage envoie un signal préoccupant aux investisseurs », souligne-t-il, évoquant une perception de fragilité et de manque de transparence.

Un signal négatif pour les marchés

Dans son analyse, l’économiste insiste sur un point clé : la confiance des investisseurs. Le recours à des instruments financiers complexes peut être interprété comme une difficulté d’accès aux financements classiques. Résultat : une hausse du risque perçu et, par conséquent, un renchérissement du coût de la dette.

Cette situation intervient alors que l’accès du Sénégal aux marchés internationaux est déjà limité depuis 2024. Une telle stratégie pourrait donc accentuer la défiance des partenaires financiers et compliquer les discussions avec des institutions comme le Fonds monétaire international (FMI), particulièrement attachées à la transparence budgétaire.

Des précédents inquiétants

Dr Balla Khouma rappelle que d’autres pays ont déjà expérimenté ce type de mécanismes avec des conséquences lourdes. Au début des années 2000, la Grèce avait utilisé des produits dérivés pour masquer une partie de sa dette, contribuant à la crise financière majeure qui a suivi.

Plus récemment, l’Angola a également subi des pressions financières liées à des instruments similaires, lorsque les conditions de marché se sont détériorées. Dans les deux cas, la perte de confiance des investisseurs a amplifié les difficultés économiques.

Une dette plus opaque et moins maîtrisable

Au-delà de la polémique politique, l’économiste met en garde contre les coûts implicites élevés de ces swaps. Indexés sur les fluctuations des marchés financiers, ils introduisent une incertitude budgétaire importante et compliquent la planification économique.

Autre inquiétude : la complexification de la structure de la dette. En multipliant les contreparties et les engagements, ces instruments rendent toute éventuelle restructuration plus difficile et potentiellement plus coûteuse.

Une stratégie assimilée à un engrenage

Dr Balla Khouma va plus loin en comparant cette approche à la logique d’un système de financement en chaîne, proche d’un schéma de dépendance continue à de nouveaux emprunts. Une situation qui devient préoccupante si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration réelle de la capacité de l’État à générer des ressources.

Changer de cap ?

Face à ces risques, l’économiste plaide pour une réflexion stratégique. Plusieurs experts estiment qu’en période de contrainte financière, une restructuration ordonnée de la dette peut constituer une alternative plus saine.

Une telle option permettrait d’alléger le poids du service de la dette, de libérer des marges budgétaires pour des secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation ou les infrastructures, et surtout de restaurer la confiance des investisseurs.

Un enjeu de crédibilité économique

En conclusion, la contribution de Dr Balla Khouma met en évidence un dilemme crucial pour les autorités sénégalaises : privilégier des solutions rapides mais risquées, ou engager des réformes structurelles plus transparentes et durables.

À défaut d’un changement d’approche, prévient-il, le pays pourrait voir le coût de sa dette continuer de s’alourdir, compromettant à terme ses perspectives de croissance et sa crédibilité sur les marchés internationaux.

admin91

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