Le débat sur la reddition des comptes au Sénégal prend une nouvelle tournure. Dans une déclaration rendue publique, le député Tahirou Sarr a vivement réagi à des propos du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, jugés préoccupants quant au respect du principe de séparation des pouvoirs.
Dans son adresse au chef de l’État, le parlementaire s’inquiète des déclarations présidentielles laissant entendre que certains dossiers judiciaires, notamment ceux liés à la reddition des comptes, pourraient transiter par la Présidence avant leur transmission à la Justice. Une telle approche, selon lui, reviendrait à conférer à l’Exécutif un pouvoir d’appréciation sur l’opportunité des poursuites, en contradiction avec les fondements de l’État de droit.
« La Justice ne saurait être subordonnée à une quelconque validation politique », martèle Tahirou Sarr, rappelant que la séparation des pouvoirs constitue un pilier essentiel de la République. Il insiste sur la nécessité pour les procédures judiciaires de suivre leur cours en toute indépendance, sans intervention ni arbitrage préalable de l’Exécutif.
Au-delà de cette mise en garde institutionnelle, le député attire également l’attention sur ce qu’il considère comme une lenteur inquiétante dans le traitement de certains dossiers sensibles. Il cite notamment l’affaire ECOTRA/THAUBERT relative à des marchés de voirie et d’assainissement, dont le coût global aurait, selon les observations de la Cour des comptes, presque doublé pour atteindre près de 300 milliards de francs CFA, contre 150 milliards initialement prévus.
Alors que ce dossier serait actuellement entre les mains du Pôle judiciaire financier, aucune avancée notable n’a été enregistrée, déplore le député. Une situation qu’il juge « incompréhensible » au regard des engagements pris par les autorités en matière de transparence et de lutte contre la corruption.
Face à cette inertie présumée, Tahirou Sarr indique avoir saisi directement l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption à travers une plainte formelle, dans l’exercice de ses prérogatives parlementaires.
En conclusion, le député appelle à une reddition des comptes « exhaustive, impartiale et affranchie de toute considération politique ». « Nul ne doit être protégé, nul ne doit être injustement ciblé », insiste-t-il, estimant que la crédibilité de la promesse de rupture portée par le régime en place dépendra de la capacité des institutions à garantir une justice équitable et indépendante.
Cette sortie du député Tahirou Sarr relance ainsi le débat sur l’équilibre des pouvoirs et la gestion des dossiers judiciaires sensibles dans un contexte où les attentes citoyennes en matière de gouvernance demeurent particulièrement élevées.





Add comment