Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Me Bamba Cissé, le citoyen Babacar Gaye salue la politique de désengorgement de la capitale, tout en dénonçant une application inégale et injuste de cette mesure entre quartiers populaires et zones huppées de Dakar.
Sous le titre évocateur « Une République, deux trottoirs », Babacar Gaye met en lumière une fracture sociale et spatiale qui, selon lui, trahit l’esprit même de la République.
Un désengorgement salué, mais sélectif
L’auteur reconnaît les mérites de la politique engagée par le ministère de l’Intérieur pour restaurer l’ordre dans les rues de Dakar, longtemps envahies par les occupations anarchiques. Cependant, il dénonce une “rigueur sélective” :
« Dans les quartiers populaires, les tabliers, gargotiers et petits commerçants sont systématiquement déguerpis, souvent sans solution alternative. Pendant ce temps, dans les quartiers résidentiels de Fann, Mermoz, Point E ou Liberté, la loi semble perdre de sa vigueur. »
Selon lui, les petits vendeurs sont punis pour survivre, pendant que les riches s’approprient impunément le domaine public en érigeant restaurants, clôtures et parkings sur les trottoirs.
“Deux lois pour une seule République”
L’auteur déplore une politique urbaine à double vitesse, où les « pauvres sont déguerpis à l’aube » et les « riches ignorés au crépuscule ». Il décrit un Dakar où les trottoirs sont devenus des prolongements de propriétés privées, jonchés de murets, de blocs de béton et de véhicules abandonnés, tandis que les vendeurs ambulants, véritables “acteurs de survie économique”, sont assimilés à des délinquants.
« Le domaine public n’est pas un privilège de caste, c’est le dernier bien commun des citoyens », écrit Babacar Gaye, dans un ton mêlant lucidité et indignation.
Un appel à l’équité et à la responsabilité
Babacar Gaye appelle le ministre Bamba Cissé à poursuivre son œuvre, mais à le faire “avec discernement et sans rigueur sélective”. Il interpelle également les maires complices ou silencieux qui laissent prospérer les abus dans certains quartiers.
« On ne peut pas verdir l’injustice en plantant des palmiers dans la rue », lance-t-il, dans une formule cinglante qui résume sa dénonciation d’un urbanisme à deux vitesses.
Pour une République juste, pas punitive
En conclusion, l’auteur rappelle que le Sénégal n’a pas besoin d’un État fort contre les faibles, mais d’un État juste pour tous.
« La République n’a pas vocation à devenir un royaume de bornes en fer enchaînés, d’encombrements tolérés et de privilèges en béton et en fleurs. »
Pour Babacar Gaye, la réussite de la politique de désengorgement dépendra de son équité et de sa cohérence. Il invite le gouvernement à rendre la capitale ordonnée, fluide et accessible à tous, mais surtout à le faire dans le respect du principe fondamental de justice.
Un cri citoyen fort et mesuré
À travers cette lettre, Babacar Gaye ne s’oppose pas à la politique du ministre, mais lui adresse un avertissement républicain : la modernité urbaine ne peut s’imposer au prix de l’injustice sociale.




