Des années durant, les intermédiaires de l’industrie de la vente de fer se sont frottés les mains. Des gains conséquents leur permettaient d’asseoir un standing de vie correct. Aujourd’hui, la donne a changé, des revenus s’il en existe, sont devenus minces. Le gouvernement animé par le souci de veiller à la réglementation du secteur a instauré un monopole qui semble ne pas faire l’affaire de tous.
De vieilles marmites, cuillères, assiettes en inox, réfrigérateurs, ventilateurs, climatiseurs, théières, l’échoppe de Magoné située au marché Thiaroye ressemble à une décharge à ciel ouvert, avec son tas de ferrailles éparpillées, un peu partout. L’endroit tient lieu de dépotoir. Ici, est démontée, triée puis stockée de la ferraille collectée, auprès de charretiers et de particuliers. Un tas de vieux matos acquis pour être ensuite vendus à des intermédiaires chargés, à leur tour, de le mettre à la disposition de la société Sometra qui recycle ces vieilleries.
« La Sometra, société chinoise, jouit du monopole dans le secteur du recyclage de ferraille depuis l’interdiction par l’Etat d’exportation de cette matière. Tout ce qui est collecté sur le territoire lui est vendu », souligne Magoné. Il explique que depuis que l’Etat a octroyé l’exclusivité du marché à cette société, les travailleurs intermédiaires ont vu leurs revenus autrefois conséquents connaître des baisses drastiques. Selon les témoignages du cinquantenaire, il faisait travailler cinq personnes, tous des responsables de famille. Cet endroit devenu calme était, dit-il, un lieu animé, à plein temps. D’incessants va-et-vient ponctuaient la journée. Le plus petit employé se retrouvait avec au moins 5000 F Cfa de bénéfices après une journée de travail, souligne-t-il. Aujourd’hui, même Magoné peine à mobiliser quotidiennement cette somme alors, dit-il, qu’il lui arrivait d’amasser facilement 50 milles francs en fin de journée.
Désormais seul à bord, Magoné navigue dans la solitude et dit se contenter du strict minimum lui permettant de survivre en subvenant à ses besoins les plus élémentaires : « Non seulement, le prix de vente a été cassé mais aussi la main d’œuvre se fait désirer ».
Cette version est appuyée par Saliou, un des rares à s’adonner encore à cette activité. « Avant, les charretiers effectuaient des allers et retours incessants avec des charges de ferraille à n’en plus finir, faisant notre bonheur », se souvient-il. En effet, plus la quantité de ferraille acquise est conséquente, plus les gains augmentent.
« Nous vendions aux Indiens jusqu’à 125 francs le kilogramme, explique-t-il. Mais aujourd’hui, il ne coûte plus que 55 francs à cause du monopole chinois ». Pis, nous ne sommes pas les interlocuteurs des chinois, ils ont des points agréés, ce qui nous oblige à céder notre marchandise aux intermédiaires », poursuit-il.
Freiner la récurrence des affaissements d’immeubles
La politique instaurée par les chinois n’accepte que de la ferraille convoyée à bord de camions agréés par la société. Pour davantage organiser ce secteur naguère miné par l’anarchie la plus complète, des points de collecte ont été installés dans différents endroits. Les camions se rendent dans ces lieux chargés pour ensuite acheminer la ferraille, à l’usine, témoigne-t-il.
Bien que la nouvelle démarche instaurée par le gouvernement soit fustigée par les acteurs du secteur, cette approche répond à un souci bien particulier. « Les autorités sont déterminées à combattre ce mauvais fer qui occasionne des dégâts énormes dans la construction », informe Madiaw, maçon.
En effet, un arrêté interministériel qui veille à la réglementation du secteur du fer est entré en vigueur depuis le 29 août 2016. Dans l’arrêté en question, il est indiqué que « la nouvelle réglementation veille à améliorer la sécurité des consommateurs sénégalais, dans les chantiers d’immeubles, d’autoroutes, de ponts ». En plus de lutter contre les effondrements d’immeubles, cette nouvelle réglementation veut aussi permettre de booster l’activité du fer local, de réduire l’importation de produits finis. Ce qui va constituer une opportunité d’exportation pour le Sénégal, souligne le même arrêté. « Avec cette nouvelle réglementation des conditions de production d’importation et de distribution du fer à béton au Sénégal, les autorités veulent freiner la récurrence des affaissements d’immeubles qui, pour la plupart, entraînent des pertes en vies humaines. Tout cela à cause de l’importation d’un fer dont la qualité laisse à désirer », relève Madiaw. Les ministères en charge du Commerce et de l’Industrie ont engagé avec les acteurs une concertation pour une nouvelle réglementation du fer à béton. « Cette nouvelle réglementation a deux objectifs essentiels : La sécurité des consommateurs sénégalais et l’accompagnement et la sauvegarde du tissu industriel dans le secteur. Elle fixe les normes sur les caractéristiques physiques mais également les tolérances (la longueur du fer, le diamètre). Elle travaille aussi sur les caractéristiques mécaniques (l’élasticité ou la capacité de résistance de ce fer) », avait alors expliqué le ministre Aliou Sarr, ministre du Commerce à la suite de l’instauration de cet arrêté.
lesoleil




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