Atepa sur la libération de Sonko, le président : « m’a dit oui, ce serait normal qu’il soit libéré, mais… »

Pierre Goudiaby, l’homme d’affaires sénégalais, a joué le rôle de facilitateur entre Ousmane Sonko et le président de la République du Sénégal, dans le but de favoriser le dialogue entre ces figures politiques. Selon Goudiaby, sa démarche vise la recherche de la paix, soulignant l’importance de l’unité et du dialogue en temps de difficultés. Il a rencontré Sonko en prison, où ce dernier lui a fait part de ses conditions de détention, comparativement à celles de Diomaye, et a exprimé son désir d’amélioration des conditions carcérales.

Goudiaby a conseillé au président de commencer l’apaisement par la presse, en particulier en rétablissant le signal de Walf TV, ce qui a été fait rapidement. Cette action avait pour but de démontrer l’engagement du président envers l’apaisement. Il a également arrangé une rencontre potentielle entre Sonko et le président, pour encourager un dialogue direct.

Sonko a conditionné sa participation au dialogue à la libération des « prisonniers politiques », mettant de côté son propre cas pour se concentrer sur celui de ses compagnons de parti. Goudiaby a rapporté cette condition au président, et des libérations ont suivi, dans l’espoir que Sonko serait lui-même libéré pour faciliter un dialogue constructif.

Goudiaby a aussi abordé la question des élections avec le président, mettant en lumière l’urgence de regagner la confiance du peuple par la tenue d’élections anticipées, malgré les procédures et les décisions du Conseil constitutionnel qui complexifient la situation.

Senego vous propose de découvrir une partie du passage de l’architecte Pierre Goudiaby Atepa sur SenTv dans l’émission « Tribune ».

« J’ai vu qu’il était bien traité, comme on peut l’être dans une prison. Il a été mis à l’aise : il a sa chambre, son salon, sa télévision, ce qui est déjà très bien. Il s’est un peu plaint du sort de Diomaye, qui n’est pas dans les mêmes conditions. D’ailleurs, en boutade, il me dit : « Comment veux-tu qu’un futur président potentiel soit dans ces conditions-là ? » Sinon, ça s’est bien passé. Je l’ai vu deux fois.«

 

Je dois d’abord clarifier une chose : sachez que toute ma démarche est guidée par la recherche de la paix. Nous sommes des frères, des pères, des grands frères, comme des mères. En fin de compte, nous sommes une famille. Spécialement s’il y a des difficultés entre nous, il faut que des personnes comme nous, qui avons un certain âge – par exemple, moi qui en ai 77 – notre rôle n’est pas de chercher à envenimer la situation, mais plutôt de chercher à faire en sorte que les choses aillent dans le bon sens.« 

« Et quand il m’a appelé pour me dire qu’il est à la recherche d’apaisement, je lui ai dit que, Monsieur le Président, si vous voulez apaiser les cœurs, vous devez commencer par la presse. Le signal de Walf TV qui a été coupé n’est pas normal. Je parle en mon nom ; personne ne m’a demandé de vous le dire, mais je vous prie de rétablir le signal. Cela montre que vous êtes dans une logique d’apaisement. Séance tenante, j’ai appelé Cheikh Niass. Ensuite, je lui ai demandé que, s’il le souhaitait, je pouvais le faire rencontrer le président afin qu’ils discutent. Ensuite, j’ai fait remarquer au président que c’est ainsi que je veux mon Sénégal : que les gens se rencontrent et se parlent. Ça, c’était le premier signal.« 

« Le deuxième signal, quand j’ai vu Monsieur Sonko, il m’a dit : « Écoute, je veux bien, mais il faut des gages. Parce que, d’abord, moi je suis dans un parti. Il faut que je discute avec les gens de mon parti pour que nous voyions quelle attitude prendre. Mais d’abord, dites au président qu’il faut qu’il libère les gens qui n’ont pratiquement rien fait, ce qu’on appelle ‘les prisonniers politiques’ ». Je lui ai dit oui, je crois que c’est possible. « Et de vous, qu’en est-il ? » Il me dit : « Moi, je ne suis pas important. Ce qui est important, c’est les autres. » J’ai dit : « Oui, les autres sont importants, mais toi aussi, tu es important. » Ensuite, il dit : « Ça, on verra après, mais qu’il libère d’abord les autres. » Et j’ai été rendre compte à qui de droit, et voilà, après, on a commencé à libérer les gens. Et j’espère que lui-même sera libéré bientôt. Je l’espère, en tout cas, parce qu’on ne peut pas appeler à un dialogue et dialoguer avec des gens emprisonnés. Ça n’a pas de sens. Donc, voilà où nous en sommes.« 

On s’est regardé dans les yeux, comme dirait l’autre, il m’a dit oui, ce serait normal qu’il soit libéré, mais il y a des procédures. Et je crois savoir que ce qui avait amené le président suggérer le mois de décembre pour des élections, c’était, effectivement, je crois – je ne suis pas dans sa tête, c’était pour vider les procédures qui pourraient éventuellement faire inclure tout le monde dans le processus. Mais malheureusement, j’ai dit au président : « Monsieur le Président, vous savez, les gens n’attendront pas jusqu’au mois de décembre. Ce n’est pas possible. Soyons réalistes. Je comprends qu’il faille prendre le temps de régler les problèmes, qu’on ne soit pas dans la précipitation. Je le comprends. Mais comprenez que, avec tout ce qui s’est passé, la confiance n’est pas là. Il faudrait qu’au plus vite, nous puissions aller vers des élections. » Ensuite, il est revenu, il me semble, sur les 10 mois. Il ne l’a pas dit, mais j’ai senti que, oui, il était prêt, après 1, 2, ou 3 mois max, à voir comment on pourrait organiser des élections. Mais entre-temps, bien sûr, la décision du Conseil constitutionnel est tombée, et maintenant, on est obligé de voir comment gérer cette situation, qui est hautement compliquée. Elle est très difficile et très compliquée.« 

Dans l’émission suivie par Senego, Pierre Goudiaby Atepa a annoncé la fin de son rôle en tant que facilitateur dans le contexte politique sénégalais. Selon ses déclarations, il estime avoir accompli ce qu’il devait faire et annonce son départ dès le jeudi 22 février. Goudiaby laisse désormais aux politiciens la responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour continuer le processus qu’il a initié.

Senego

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