Sénégal: Amnesty International dresse un tableau sombre des restrictions de libertés

 

Amnesty International a organisé une conférence de presse, ce vendredi 28 octobre 2022, pour faire le bilan de la fin de visite en Afrique de l’Ouest de sa Secrétaire Générale Agnès Callamard. Après sa tournée, la Secrétaire générale s’est entretenue avec les autorités sénégalaises sur plusieurs questions de droits humains telles que la liberté de manifester, l’usage excessif de la force, la liberté d’expression, la protection des enfants talibés, la justice pour les morts de Mars 2021, etc. Amnesty international a dressé un bilan sombre pour le régime actuel.

En tournée en Afrique de l’Ouest depuis le 16 octobre dernier, Agnès Callamard a fait le point de sa visite et ses discussions avec les autorités sénégalaises pour parler notamment du rétrécissement de l’espace publique dans le pays.

« Nous nous sommes entretenus de la loi de 1978 portant sur les manifestations permettant aux autorités préfectorales d’interdire les manifestations pour cause de troubles à l’ordre public. Nous avons demandé qu’elle ne soit pas interprétée de manière restrictive afin que les manifestations soient autorisées », a dit Agnès Callamard, Secrétaire Générale de Amnesty International

Elle a également demandé de mettre en œuvre la décision de Cour de justice de la CEDEAO qui a jugé l’arrêté Ousmane Ngom (arrêté ministériel 7580 de juillet 2011) qui interdit sans limite dans le temps les manifestations à caractère politique dans le quartier du Plateau à Dakar, comme étant attentatoire aux libertés fondamentales.

D’après Agnès Callamard, les autorités ont semblé malheureusement déterminées à ne pas appliquer la « décision de la Cour de la CEDEAO qui avait pourtant entendu les arguments présentes par l’Etat sénégalais et les avait jugés insuffisants ».  

Selon elle, les autorités n’ont donc pas « l’intention d’abroger cet arrêté qui aurait, selon elles, pour objet de sécuriser le quartier administratif et des affaires de la capitale ».

Cette position, explique-t-elle, va à « l’encontre des droits garantis par la constitution sénégalaise, et par le droit international. Elle contribue également à saper les fondements d’état de droit et à affaiblir les institutions régionales de justice et des droits humains, comme la Cour de Justice de la CEDEAO ».

Pour Agnès Callamard, c’est une « position choquante prise à l’égard d’une institution régionale cruciale pour l’intégration de la région, par un pays important. Il s’agit d’un très mauvais exemple, qui fragilise une institution importante du système Africain ».

« Touche pas à nos manif », la nouvelle campagne pour Amnesty

« Nous avons par ailleurs appelé les autorités sénégalaises à témoigner davantage de célérité et de transparence s’agissant des enquêtes sur les personnes tuées durant les manifestations de mars 2021 (14) et de juin 2022 (2) dans plusieurs villes du pays », a soutenu la Secrétaire générale d’Amnesty international.

A l’en croire, l’impunité pour « l’utilisation excessive de la force par les forces de sécurité doit cesser afin de prévenir d’autres morts ».

Selon Agnès Callamard, Amnesty va continuer sa campagne pour que justice soit rendue aux victimes. « Touche pas à nos manif, c’est le mot d’ordre de notre campagne globale. Le Sénégal est l’un des pays cibles de notre mobilisation », a-t-elle indiqué.

Restriction de l’espace des libertés

Amnesty international constate des tendances générales qui se dessinent s’agissant du rétrécissement de l’espace des libertés de manifestations sont interdites dans de nombreux pays sous des prétextes fallacieux liés à la  sécurité ou la situation sanitaire.

« Au Sénégal également, plusieurs manifestations des partis mouvements d’opposition ont été interdites ces dernières années », a noté l’ONG.  

« Les défenseurs des droits, les activistes de la bonne gouvernance qui critiquent des politiques gouvernementales sont poursuivies et condamnées sur le fondement des lois antiterroristes ou sur la cybercriminalité qui sanctionnent des expressions par des peines de prison ou de lourdes amendes, devenant ainsi des instruments de répression des libertés ».

Amnesty international souligne que les forces de police font par ailleurs un usage excessif de la force pour réprimer des manifestations. « Des journalistes sont également sous pression, emprisonnés et certains médias suspendus. Nous avons documenté des cas au Mali, au Sénégal, et dans de très nombreux autres pays de la région », déplore Amnesty International.